Le thriller et la maladie mentale

Sur un de mes groupes de lecture facebook, un membre a posé une question intéressante : “pourquoi le thriller s’intéresse t’il autant à la maladie mentale ?”.  En tant qu’étudiante en psychologie, vous vous doutez bien que je ne pouvais pas laisser passer cette question sans y réfléchir.

Il me semble qu’avant de pouvoir répondre à cette question il faudrait d’abord clarifier ce qu’est à la base un thriller et ce qu’est une maladie mentale.

Un thriller, comme l’indique wikipédia, est “un genre artistique utilisant le suspense ou la tension narrative pour provoquer chez le lecteur ou le spectateur une excitation ou une appréhension et le tenir en haleine jusqu’au dénouement de l’intrigue”. En gros et pour résumer, un bon thriller doit faire peur et dérouter le lecteur.

Or qu’est-ce qui nous fait peur en tant qu’humain ? Tout ce qui pourrait toucher notre intégrité physique (c’est à dire la mort, la maladie, la douleur, une blessure par exemple) ou globale (la fin de l’humanité, le chaos dans le monde etc..)

Qu’est-ce qui nous déroute ? Tout ce qui n’est pas “normal” (dans le sens d’un événement qui n’est pas courant ou dont on n’a pas l’habitude).

 

 

J’ajouterais à cette définition le fait que, pour que cette tension narrative tienne jusqu’au bout, il faut que l’evénement-clé, s’il est imaginaire, puisse tout de même plausiblement nous arriver. Un thriller, par exemple, sur la base d’un attentat imaginaire, nous fera peur parce qu’il touchera au risque de mort, que les attentats ne sont pas fréquents dans notre vie mais que pourtant, demain, cela pourrait arriver.

Or la maladie mentale regroupe à elle seule l’intégralité de caractéristiques nécessaires pour faire un bon thriller : elle touche notre intégrité physique, n’est pas normale mais pourrait nous arriver à tous demain.

Lorsque la maladie mentale est la base d’un thriller. On dit alors que c’est un thriller psychologique.

Ceci dit il y a plus de choses à dire sur le sujet de la maladie mentale.

En effet, vous vous doutez bien que la maladie mentale dans les thrillers est très loin de ce qu’elle est dans la réalité. Par exemple, tous les thrillers représentent le schizophrène comme une personne ayant tout plein de personnalités différentes avec d’autres conduites, d’autres voix, un passé propre à chacun. Pourtant cette schizophrénie là n’existe pas et n’a jamais existé en réalité. Alors pourquoi est-ce que ça fonctionne si c’est si peu crédible ?

Parce que la plupart des gens n’ont pas une grande connaissance de ce qu’est la maladie mentale (souvenez-vous que c’est censé être un événement qui n’est pas courant ni normal) mais surtout parce qu’on a tous quelque part cette idée, plus ou moins vraie d’ailleurs, que si on était un jour malade mental on ne s’en rendrait pas compte. De ce fait, la celle-ci plane inconsciemment sur nos têtes comme une espèce d’épée de Damoclès. Nous pourrions être fou et ne pas le savoir. Pire, notre voisin pourrait l’être, là, à l’instant, et ne pas le savoir non plus ! Effrayant non ?

Le fait qu’on peut être mentalement instable sans être fou, dangereux ou malade ne nous effleure même pas car nous n’avons pas les connaissances nécessaires pour le réaliser.

Que faire donc pour se protéger de cette maladie imaginaire mais si effrayante ? Faire appel à des spécialistes : psychiatres, psychologues etc… Ceux-ci pourraient nous soigner si nous sommes atteints et nous protéger si les autres le sont, pensons-nous.

C’est là que le principe du thriller est vraiment diabolique, et aussi la raison de l’engouement des lecteurs et auteurs pour la maladie mentale. S’il suffisait de penser qu’un spécialiste règle les problèmes de maladie mentale il n’y aurait pas de thriller. Mais puisqu’on n’y connait pas grand chose en maladie mentale, on va rester dans la définition de base : risque de mort + pas normal mais plausible.  Or spécialiste ou pas, notre “sauveur” reste un humain donc, lui-même, sensible à la folie. Donc de deux choses l’une, soit il a aussi peur de la maladie mentale que vous, soit il peut tout aussi bien être fou lui-aussi !

Dans le premier cas, il fera tout ce que vous feriez, pour se protéger de la maladie, vous enfermer, torturer, faire des expériences douteuses etc… Dans le second il sera encore plus dangereux qu’un autre puisqu’il pourra faire la même chose mais sans autre raison que de satisfaire sa folie !

Vous voyez un peu le schéma utilisé par le thriller dans le cadre de la maladie mentale. Soit vous êtes fou, soit l’autre l’est. Dans le premier cas vous devez avoir peur des gens normaux qui voudront par tous les moyens vous supprimer comme étant une menace et dans le second c’est de la menace elle-même dont vous aurez peur. Que d’histoires intéressantes à inventer en utilisant ce modèle !

A chaque fois, ce qui fait peur, au final, n’est pas la maladie en tant que telle mais l’inconnu qui englobe le terme “maladie mentale”. Moins le lecteur sait exactement ce que c’est, plus son imagination va créer des peurs non fondées, et donc viscérales. Ces peurs deviendront ensuite une nouvelle norme acceptée par tous les lecteurs : le malade mental est forcément dangereux.

Ce qui fait que, hélas, plus on en sait sur les maladies mentales, moins le thriller dit psychologique, a d’effet sur nous. Un professeur de psychologie m’a dit un jour qu’il ne lisait plus ce genre de livre qu’il adorait pourtant plus jeune. Les ficelles sont devenues trop grosses et les faits trop invraisemblables pour le tenir en haleine. Il préfère la science-fiction maintenant.

 

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