Anasterry d’Isabelle Bauthian : aucun monde n’est parfait

Anasterry d’Isabelle Bauthian : aucun monde n’est parfaitAnasterry par Isabelle Bauthian
Publié par ACtuSF le 18 aout 2016
Genre: Fantasy
Pages: 496
Format: Livre papier
Lu par : Ciena
four-stars
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Rien ne saurait ébranler Anasterry, la plus riche et intellectuelle baronnie de Civilisation. Rien... sauf peut-être un défi de gamins.

Quand Renaldo, fils du baron de Montès, et son meilleur ami entreprennent de trouver la faille de cette utopie pour séduire une jeune fille, ils ignorent qu'ils vont déterrer de sombres secrets...

Quels sont ces monstres découverts dans les marais ? Sont-ils liés à la tolérance d'Anasterry pour les mi-hommes qu'on opprime partout ailleurs ? Après trente ans de paix, Civilisation risque-t-elle d'être si facilement bouleversée ?

Pour réparer ses erreurs, Renaldo devra choisir entre son patriotisme, ses idéaux et ses responsabilités d'homme libre. Il apprendra surtout qu'on ne pardonne rien aux donneurs de leçons, surtout quand ils ont raison...

Lorsque j’ai reçu “Anasterry” par la poste et que j’ai ouvert le paquet, mon conjoint m’a dit “oho ! un livre de fantasy et écrit par une femme en plus ? Aîe aïe aïe, je la plains !” Le livre était trop beau et trop lourd pour que je lui envois sur la tête.

C’est vrai, oui, je suis un peu dure sur le respect des genres littéraires. Mon opinion est qu’alors que le nombre d’auteurs était beaucoup moins important, certains écrivains sont devenus des “maîtres incontestés”. Ces personnes ont laissé une empreinte tellement forte qu’ils ont même créé, sans doute sans le vouloir, des règles d’écriture.

Comme toutes les règles, celles-ci bien sûr, sont destinées à être dépassées, franchies, recréées par nos nouveaux auteurs. Malheureusement certains semblent confondre “s’affranchir des règles littéraires” et “jouer la facilité”, un peu comme ce peintre qui a collé un carré blanc sur une toile blanche et tada !!!

Alors oui, je suis dure sur le respect des genres littéraires parce que mon but est de découvrir et faire découvrir ces auteurs qui sont à la fois capables de se les approprier ET d’en faire quelque chose d’original à la fois. Certes, dans ce cas on peut aussi avoir du mal à les catégoriser du coup, mais est-ce important ?

C’est exactement de ce genre de livre dont je vais vous parler aujourd’hui. Classé dans le genre fantasy à défaut d’en avoir un pour cette plume, Anasterry est un livre qui ne vous parlera pas de dragons, de nains et autres quêtes sanglantes mais se servira d’un monde médiéval-fantastique pour vous faire réfléchir sur les classes sociales, la condition féminine, et même le bien général. Tout cela sur le fond d’une intrigue politico-magique passionnante.

La plume d’Isabelle Bauthian dénote bien son aisance à manier les scénarios. Mais voilà, un livre n’est pas un scénario et sa façon de passer du passé au présent des héros a tendance à destabiliser le lecteur : vous êtes en plein dans le suspense, l’un des protagonistes va découvrir quelque chose et le chapitre suivant se passe deux ou trois ans plus tôt. De plus si ce saut dans le temps aide à comprendre la psychologie du personnage, il n’a vraiment pas de lien direct avec le chapitre précédent.

Honnêtement j’aurais été plus à l’aise avec des chapitres suivis chronologiquement qu’avec ces sauts temporels.

De la même façon, bien qu’il soit intéressant d’en apprendre plus sur les héros, certains personnages et évênements n’ont aucune vraie utilité à l’intrigue. Ainsi, par exemple, les premières pages montrant la méchanceté du grand frère de Renaldo ou sa chute à cheval (ou même sa présence tout court d’ailleurs), ou la description de sa fiancée laissée au foyer, ne m’a pas du tout intéressée.

A l’inverse, la description du monde dans lequel évolue les héros n’est à mon goût pas suffisante. On nous parle de sang-mélés, de mi-hommes, de fées avec qui on aurait fait la guerre mais on ne nous dit ni comment, ni pourquoi cette guerre a eu lieu. Il y a bien une carte du monde mais on ne nous explique pas comment ni pourquoi elle a été découpée ainsi. Bref, on nous transporte dans un monde dont on doit accepter les règles comme si elles allaient de soit sans trop nous expliquer les enjeux. De ce fait on a du mal à comprendre les états d’âme des héros ou les enjeux politiques de certaines de leurs actions. Dommage.

Après information auprès de l’éditeur, qu’il y aura une série sur le même monde. On aura peut-être donc plus d’informations au fur et à mesure.

Ce livre était à la base sous-titré “les rhéteurs” (c’est à dire les professionnels de l’éloquence) et il est vrai qu’on se régale à pas mal de joutes verbales fort intéressantes dans ce livre sur des sujets passionnants. Mais voilà, si le but était de les mettre en lumière, cela n’a pas été assez le cas. En réalité Thélban (qui est l’ami du héros et celui aussi dont l’éloquence le sortira plus d’une fois d’affaire) aurait largement dû être plus mis en avant. C’est énervant de voir toutes ces situations où Renaldo est là, à se poser tout plein de questions, limite sans agir. Presque inutile d’ailleurs.

Par exemple lors du suicide d’une personne, c’est Renaldo et non Thélban qui arrive le premier. Il y aurait eu tellement à faire avec ce dialogue, tellement à partager sur l’amour, le devoir et la tolérance avec Thélban et son éloquence. Mais non à la place on a un Renaldo qui comme d’habitude met les pieds dans le plat et gâche une scène magnifique sans rien apporter au lecteur.

Au final, Anasterry est vraiment un bon livre MAIS j’en veux à l’auteur qui avait largement les capacités d’en faire une référence. J’attends donc avec intérêt les prochains tomes en me disant que celui-ci était peut-être un “tour de chauffe”.

Sur un autre sujet, l’ouvrage en lui-même et sa couverture sont de toute beauté. ACTUSF sortant une collection spécifique fantasy à la française, je vous conseille vivement d’aller jeter un coup d’oeil. Ils ont vraiment mis le paquet et les livres sont magnifiques.

Je conseille sans hésiter Anasterry pour son histoire originale, son écriture, la présentation générale du livre. Si vous aimez la fantasy “intelligente”, vous serez conquis. Je n’ai cependant pas vraiment accroché aux personnages ce qui est dommage.

Je mets donc 4 étoiles.

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