Une bouche sans personne de Gilles Marchand : Une bulle de tendresse dans un monde de brutes

Une bouche sans personne de Gilles Marchand : Une bulle de tendresse dans un monde de brutesUne bouche sans personne par Gilles Marchand
Publié par Les forges de Vulcain le 25 août 2016
Genre: Litterature française
Pages: 260
Format: Livre papier
Lu par : Marie
five-stars
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Un comptable se réfugie la journée dans ses chiffres et la nuit dans un bar où il retrouve depuis dix ans les mêmes amis. Le visage protégé par une écharpe, on ne sait rien de son passé. Pourtant, un soir, il est obligé de se dévoiler. Tous découvrent qu'il a été défiguré. Par qui, par quoi? Il commence à raconter son histoire à ses amis et à quelques habitués présents ce soir-là. Il recommence le soir suivant. Et le soir d'après. Et encore. Chaque fois, les clients du café sont plus nombreux et écoutent son histoire comme s'ils assistaient à un véritable spectacle. Et, lui qui s'accrochait à ses habitudes pour mieux s'oublier, voit ses certitudes se fissurer et son quotidien se dérégler. Il jette un nouveau regard sur sa vie professionnelle et la vie de son immeuble qui semblent tout droit sortis de l'esprit fantasque de ce grand-père qui l'avait jusque-là si bien protégé du traumatisme de son enfance.
Léger et aérien en apparence, ce roman déverrouille sans que l'on y prenne garde les portes de la mémoire. On y trouve les Beatles, la vie étroite d'un comptable enfermé dans son bureau, une jolie serveuse, un tunnel de sacs poubelle, des musiciens tziganes, une correspondance d'outre-tombe, un grand-père rêveur et des souvenirs que l'on chasse mais qui reviennent. Un livre sur l'amitié, sur l'histoire et ce que l'on décide d'en faire. Riche des échos de Vian, Gary ou Pérec, lorgnant vers le réalisme magique, le roman d'un homme qui se souvient et survit - et devient l'incarnation d'une nation qui survit aux traumatismes de l'Histoire.

Les romans imaginaires sont un style difficile. Il faut être capable de tenir un raisonnement illogique sur la durée, sans s’emmêler les pinceaux ou s’essouffler. Gilles Marchand y arrive parfaitement et nous entraîne alors dans l’univers de son narrateur (dont on ne connaîtra jamais le nom). On a de ce fait toujours envie de connaître la suite. La narration est excellente, dotée d’une tendresse rare (la relation entretenue avec son grand père est d’une grande profondeur) et m’a touchée directement. On parle ici sans fioritures et sans faux semblants, à demi-mot parfois mais toujours avec pudeur et retenue, ce qui évite le côté voyeuriste de certains récits narrant la vie des personnages.

Lui est comptable, il  compte, toute la journée, sans cesse. Après le travail, il compte encore et toujours, les gens dans le métro, les arrêts,… Sa vie n’est rythmée que par 4 choses : son travail, l’expédition pour entrer ou sortir de son immeuble (un tunnel creusé au milieu des poubelles par un ancien militaire depuis la mort de la concierge), son écharpe rouge dont il ne se sépare jamais et ses rendez-vous quotidiens au bar avec Sam, Thomas, ses amis et Lisa, la serveuse.

C’est auprès de ses amis qu’il raconte chaque soir une petite tranche de vie. Souvent loufoque et décalée mais toujours avec une note touchante dans laquelle j’arrivais à m’immerger totalement. Il narre ainsi son enfance auprès de son grand père (Pierre-Jean) et leurs nombreuses aventures.

Pour l’histoire je ne vous en dirai pas plus car elle mérite d’être lue et non racontée !

J’ai réellement apprécié ce livre, drôle et touchant mais surtout écrit dans un style peu commun. On s’attache au narrateur et à ses amis (dont on suit les histoires en filigranes au fur et à mesure des rendez-vous au café) et il est difficile de les quitter à la fin du livre. L’auteur a réellement réussi cet exercice de style difficile qui est de vouloir emmener son lecteur dans son monde. J’ai trouvé les personnages attachants et je me suis plu à vouloir savoir l’histoire de chacun.

Les romans imaginaires n’étant pas mes lectures habituelles (plutôt polar/thriller en règle général) il m’est difficile de juger de l’originalité du titre dans son genre. Cependant pour moi cet imaginaire a eu quelque chose de novateur et rafraîchissant que je n’ai pas l’habitude de trouver dans mes lectures ordinaires. Je ne lirai sans doute pas que des livres de ce genre là mais celui-ci restera une pépite dans ma bibliothèque. Je me plairai à le relire dans quelques mois afin d’en savourer davantage les détails et les petites informations distillées çà et là sur les personnages (et dont la première lecture m’a peut-être privée).

En bref, une petite bulle de tendresse que l’on quitte avec regrets à la fin du récit.

Couverture : * (livre papier)

Originalité : * (le style imaginaire n’est pas habituel pour moi mais j’ai trouvé le livre très original)

Ecriture : * (fluide, et très agréable à lire)

Personnage : * (alors là, +++ les personnages sont attachants et ont tous une épaisseur)

Recommandé : *

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