Droit de lire, droit de réfléchir

 

Il y a quelques jours, un auteur m’a proposé un livre à critiquer dans le genre érotique. J’ai refusé en indiquant les genres pour lesquels Les Nouvelles Plumes acceptent des critiques et il m’a répondu “Si je comprends bien vous n’acceptez de lire que des livres qui sont en accord avec vos opinions et rejetez le reste”. Cette phrase m’a beaucoup donné à réfléchir.

Est-ce que j’ai le droit de me considérer comme critique si je n’accepte que des livres qui me mettent à l’aise ? Non bien sûr. Cependant j’ai une vision précise de la littérature : pour moi, un livre est destiné à évader et enrichir le lecteur. Ainsi quand j’ouvre un livre, ce que je veux y trouver c’est de quoi me faire rêver mais aussi de quoi me faire réfléchir. Pour ce qui est d’exciter mes bas instincts je pense que nous avons assez de télé-poubelle pour ça. Je n’ai donc pas envie aussi de passer plusieurs heures ou jours sur un livre qui me rendra malade ou plus ignorante que je ne le suis.

Concernant les livres érotiques et les livres “romance”, si je les refuse c’est tout simplement parce que, je suis désolée de le dire, que “les scènes de cul et de larmes” ont envahi notre quotidien. Même un simple film de science-fiction ou un magazine ne se vend que si on on y voit forcément une chambre à coucher et/ou un homme prêt à tuer quelqu’un pour une femme avec son pendant, c’est à dire la femme malheureuse prête à se tuer pour un homme. Merci mais je n’ai pas besoin de ce genre de livres.

Cela ne veut pas dire que tous les livres que je lis viennent du monde des bisounours ! Ainsi j’ai dans le blog quelques bouquins qui vous feraient dresser les cheveux sur la tête. Mais le noyau dur de ces livres n’a jamais été une histoire de fesses aboutie ou manquée. Peut être parce que justement, leurs auteurs ont suffisamment de talent pour ne pas avoir besoin de ça pour remplir les pages et que, même si on est humain, on ne passe pas notre temps à s’entre-tuer, baiser ou tenter de le faire.

Donc, compte-tenu du fait que mon opinion sur l’humain est qu’il est plus grand que sa nature animale, qu’il est capable de beauté, de recherche, d’infini,(et qu’il existe des auteurs capable de nous les faire découvrir par l’écriture)oui, je n’accepte de lire que des livres qui sont en accord avec mes opinions.

 

Existe t’il de très bons auteurs érotiques ou de romance ? Certainement mais il existe aussi beaucoup de très bons blogs pour eux. Les Nouvelles Plumes n’en font pas partie. D’autre part, compte tenu de la taille de leur lectorat, je préfère être là où je suis le plus utile, auprès des auteurs moins à la mode peut-être, mais beaucoup plus enrichissants intellectuellement, humainement et spirituellement.

Etrangement, alors que j’ai pu trouver cet enrichissement même dans certains livres des plus noirs, j’ai été incapable de le faire dans un livre érotique. Prenez cela comme un manque d’ouverture d’esprit si vous voulez mais encore une fois, je suis loin d’être une spécialiste de “tout” et le monde du blog est assez vaste pour que vous en trouviez un.

Une solution facile pour vous serait de proposer vos SP sur simplement.pro. Vu la taille grandissante de cette plateforme, vous trouverez certainement mieux que moi pour vos oeuvres.

6 thoughts on “Droit de lire, droit de réfléchir

  1. Comme je suis auteure d’un livre doté de passages érotiques, je suis bien sûr un peu hérissée par certaines de tes réflexions. L’érotisme peut aussi avoir une dimension spirituelle et dépasser les bas instincts… Il est aussi une porte sur la connaissance de soi.

    Tu ne peux pas non plus dire que les scènes de fesses sont un pis aller pour auteur en manque de talent. Tout dépend de la façon dont elles sont écrites et de leur justification dans l’histoire.

    Cela étant dit, c’est ton droit le plus strict de ne pas avoir envie d’en lire, et j’ajoute même qu’il n’y a pas matière à te justifier ou t’excuser.

    Et l’auteur à qui tu réponds dans ce post est bien stupide (ou masochiste) d’insister auprès d’une blogueuse qui déteste le genre dans lequel il écrit…

    Et simplement.pro, oui, trois fois oui!

    • Bonjour,
      Ca rejoint ce que j’ai mis plus haut. Un livre avec des passages érotiques c’est la vie. Un livre de cul qui veut se faire passer pour de la littérature je ne peux pas.
      L’érotisme peut avoir une dimension spirituelle, pas de souci mais on m’expliquera où elle se trouve dans des livres à la Virginia Andrews ou plus récemment Twilight par exemple.
      Si on prend ton cas, “Paris in Utero” (qui est dans ma pal) est un livre initiatique avec une quête, une recherche de soi. L’érotisme en fait partie certes mais ce n’est ni le but du livre ni une excuse pour les “trucs les plus débridés”. Maintenant si on prend “cinquante nuances…” c’est clairement une histoire banale qui ne casserait pas trois pattes à un canard si elle n’était tellement émaillée de sexe qu’au final c’est la seule vraie raison qui pousse les gens à l’acheter.

      Mon deuxième souci concerne les romances. Certes, comme pour les autres livres, un héros peut tomber amoureux dans un roman. Mais quand l’intégralité du livre est basé sur la recherche d’un amour malheureux, d’une triangulaire ratée ou de décisions existentielles qui, au fond, si on traduit bien, se résument à “oh mon Dieu si seulement il acceptait de coucher avec moi mais il est tellement bad”, ca me hérisse le poil et je trouve même que ca donne une image dégradante de l’humain incapable de gérer ses pulsions et ses passions.
      A côté de certaines perles que j’ai pu critiquer il n’y a pas photo, du moins pour moi.

    • Pas vraiment. Comme je l’ai expliqué dans “les auteurs qui feraient mieux de changer de métier”, je m’arrange, lorsqu’un livre est bien écrit mais que ce n’est pas mon genre, de le faire lire par une plumette qui l’aime pour rester cohérente. Cependant je connais mes limites en tant que critique et je n’ai pas les outils pour le faire avec des livres érotiques et les romances (j’ai aussi un peu de mal avec les YA il faut le dire). Simplement, pour moi, un livre est composé d’un “noyau”, l’histoire, et de son développement.
      Lorsque le noyau du livre est une histoire originale, qu’il y ait des scènes érotiques ou romantiques ne me dérangent pas, ça fait partie de la vie et ne fait que rajouter à au réalisme des héros mais lorsque le noyau lui-même est juste et uniquement de l’érotisme pur et qu’on brode autour une histoire qui sert d’alibi à toutes sortes de choses (comme par exemple la série des “Prince Captif” ou toutes les dix pages il y a une scène sado-maso en veux-tu en voilà), je ne peux simplement pas. C’est au dessus de mes forces. Ce serait comme de me demander de mettre sur le plan “cinquante nuances de Grey” et Shakespeare.

  2. Bonjour Ciena,

    C’est ton droit de ne pas aimer le genre érotique et je le respecte.

    Ceci dit, je trouve ton article très réducteur en rabaissant l’érotisme à quelque chose de dégradant. C’est également dénigrer le lectorat de ce genre de lecture.

    Je pense que tu confonds “érotisme” et “pornographie”. L’érotisme n’est pas du tout pour exciter les bas instincts. Sous la plume de certains auteurs, l’érotisme est beau, délicat, sensuel, non vulgaire. L’auteur raconte une vraie histoire et pas seulement une simple histoire de “cul”. Dans le genre érotique, il y a de belles oeuvres, de très bons auteurs, tout comme dans d’autres genres de littérature.
    Je suis attristée de voir à quel point l’érotisme (et je parle bien d’érotisme ! pas de pornographie) est dénigré.
    J’ajouterai que, pour moi, le sado-maso n’est pas de l’érotisme (mais ceci n’engage que moi).
    Bonne journée !
    Jocelyne

    • Bonjour Jocelyne,

      Merci pour votre commentaire qui donne à réfléchir.
      Il faut que je précise car mon article n’était pas clair vu les réactions tant ici que sur les réseaux sociaux.
      Les Nouvelles Plumes est une blog littéraire. Il n’était donc pas question dans mon article d’érotisme, qui est un vaste sujet, mais de livres érotiques.
      Qu’est-ce que pour moi un livre érotique ?
      De même que pour tous les livres de tous les genres, un livre érotique est à la base un livre dont le noyau central est l’érotisme et rien d’autre, l’histoire servant de prétexte à celui-ci. Comme je le disais, c’est valable pour tous les genres. Ainsi par exemple un livre policier est un livre dont le noyau est une enquête policière. On pourra écrire ce qu’on veut autour, un livre policier sans enquête n’est pas un livre policier.

      Aussi pour moi un livre qui contient de l’érotisme N’EST PAS un livre érotique. C’est le noyau du livre qui le classera. Ainsi il peut y avoir de l’érotisme dans un livre policier, ca restera un policier point.

      Maintenant parlons des livres érotiques. Que vous vouliez le reconnaître où non, il n’existe pas de genre “pornographie” dans les librairies. Ce n’est donc pas moi qui fait l’amalgame mais les éditeurs et les libraires qui vont mettre sur le même pied d’égalité un roman savamment écrit mais qui comporte des scènes d’amour et un Gérard de Villiers.

      Donc de quoi je parle exactement ? Si votre livre est un roman avec une vraie histoire comme vous dites, il n’entre pas pour moi dans la catégorie érotique et je le critiquerai avec plaisir. D’ailleurs il serait surprenant autrement. Vous imaginez s’il fallait éviter comme la peste tous les livres où il y aurait la moindre scène d’amour ? Il ne resterait sans doute plus grand chose à lire !
      Je parle donc des livres dont, du début à la fin, tout est prétexte à ça. Un exemple. J’ai critiqué un livre qui était censé parler de la fin du monde et de l’ange de la mort. Savez combien il y a avait de scènes de sexe détaillées sur cinquante pages ? Pas moins de 4. A raison de deux pages par scène voilà la moitié du livre consacré à ça. Vous trouvez que ca vaille la peine ? Pourtant ce livre se trouvait dans le même rayon que “les milles et unes nuits” ! C’est ce genre de livre que j’appelle des livres érotiques (faute des libraires à appeler un chat, un chat) et ce genre de livres que je refuse de critiquer.
      J’ajoute que les livres sado-maso étaient aussi dans le même rayon.

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