Interview : Cecile Koppel

Cécile Koppel est l’auteur de la saga “Le monde d’Anaonil” dont nous avons déjà chroniqué les deux premiers opus “Serdhif” et “Auriane” (la chronique du troisième arrive sous peu).

C’est aussi son histoire qui m’a inspirée la création de ce blog.

Interview donc d’un petit bout de bonne femme pas comme les autres.

Alors, qui est Cécile Koppel ?

Je ne sais toujours pas exactement… J On a tous beaucoup de facettes et toute une vie pour en explorer quelques-unes… Il en reste un bon nombre qu’on ne comprend pas, qu’on n’approfondit pas et qui font aussi partie de ce que l’on est. Chacun de nous est un tout complexe. Je fais comme tout le monde : je fais avec J…et j’avance en essayant de conserver intact ce qui me fait vibrer.

Quel est ton type de lecture ?

Ce qui m’intéresse dans la lecture, c’est interroger ma propre vie au travers d’expériences différentes. En lecture, on peut m’emmener partout, mais il faut que j’y croie. Si c’est un monde imaginaire il faut qu’il se tienne, qu’il soit bien construit. Il faut que tout s’articule.

Il est important que les personnages aient une réelle profondeur psychologique et interagissent dans l’histoire en fonction de ce qu’ils sont, sans manichéisme. Les gentils ne sont pas toujours gentils et les méchants pas seulement méchants… Il faut que l’auteur m’apporte entre les lignes les éléments qui me permettent de comprendre les raisons de leurs choix et tout ce qui sous-tend leurs actions.

J’ai horreur que l’auteur me perde. Commencer un chapitre et devoir revenir en arrière parce que je mets trois pages à comprendre où je me trouve et avec qui, ça m’horripile ! J’aime que l’histoire coule et que j’oublie que je suis en train de lire.

Depuis quand es-tu passionnée par l’écriture ?

J’aime agencer des mots depuis toujours. Une (très) mauvaise orthographe durant toute ma scolarité m’a longtemps fait croire que j’étais nulle en français. Mais le français, c’est bien plus que de l’orthographe et des règles de grammaire.

Qu’as-tu écrit avant la saga Anaonil ?

Jeune, j’écrivais le dernier chapitre des livres, quand la fin ne me plaisait pas. J’ai écrit des morceaux de saga (quand la suite n’arrivait pas assez vite en librairie), des bulletins d’info familiale, des lettres administratives pour mes collègues de travail, des articles, des poèmes, des débuts ou des milieux d’histoires jamais finies…

Comment t’es venue l’idée de cette saga ?

Depuis longtemps, je savais que j’allais faire apparaître un personnage dans mon décor, dans ma vie de tous les jours. Il ne saurait rien de moi et je ne saurais rien de lui… et il me ferait vivre une aventure extraordinaire. Je ne savais absolument rien de cette histoire avant de l’écrire. Onil est arrivé et l’histoire s’est construite autour des questions que je me posais sur lui.

Cette saga est construite sur le principe d’un monde parallèle mais totalement différent du nôtre et pour lequel tu as construit un système politique mais aussi moral et technologique différent. Est-ce que tu es partie sur la base d’un monde totalement différent dès le départ où est-ce que pour toi le monde d’Anaonil a pris une route différente à un moment de notre histoire ?

Au départ quand j’ai commencé à imaginer le monde dans lequel vivait Onil, j’ai posé quelques éléments sciemment. Mais assez peu, en fait. Et je me suis laissé surprendre par ce qu’imposait mes choix : chaque fois que je « posait » un concept, une notion, ils en entrainaient d’autres auxquels je ne m’étais pas forcément attendu. Parce qu’il fallait que tout se tienne, que tout s’articule… que ce soit « crédible ».

J’ai voulu un monde où la technologie permette de réaliser certaines choses qui me font vraiment rêver comme par exemple : la téléportation ; ne plus avoir à supporter aucune contrainte physique en matière d’habillement ; manger bon, beau et varié sans jamais avoir à préparer son repas, sans jamais se soucier des quantités et que ce soit toujours sain et parfaitement en adéquation avec nos besoins physiologiques… J’ai ainsi crée au fur et à mesure de l’avancée de l’histoire les outils technologiques nécessaires à ces inventions, leur fonctions et leur nom (parfois dans les deux langues : le simihal et le français)

J’ai voulu dès le départ un monde où le fait d’être un garçon ou une fille soit une donnée génétique qui n’ait absolument aucune incidence d’aucune sorte sur aucun aspect de l’organisation sociale. Cela m’a amenée au fil des pages à dissocier et à organiser de manière différente tout ce qui concerne la sexualité, le désir, l’amour, l’amitié, la reproduction, la filiation, l’éducation… et au final toute l’articulation des relations humaines. Les sociétés humaines que l’on découvre dans le monde d’Anaonil sont de ce fait très différentes de toutes celles que l’on peut trouver dans notre propre dimension.

C’est un monde qui s’est construit au fur et à mesure. Je ne savais rien de ce monde quand j’ai commencé et souvent je me suis surpris au détour d’une phrase à poser une nouvelle idée qui allait m’obliger à en développer beaucoup d’autres dans des directions que je n’avais pas du tout l’intention de prendre.

J’ai pu constater, sur les trois tomes que j’ai lus (la critique du tome 3 arrive….), qu’il ne semble pas y avoir de religion dans le monde d’Anaonil. Est-ce un parti pris ?

Effectivement. Les sociétés humaines dans lesquelles évolue Onil n’ont aucune religion. C’est un choix délibéré.

De même il n’y a pas de mariage ou de lien spécifique affectif. Pas de notion de famille, pas de notion de genre etc…

C’était aussi un postulat de départ : que donnerait une société où rien ne s’articulerait autour de la cellule familiale ? Que se passe-t-il si on sépare procréation, désir et amour ? Que se passe-t-il si être un garçon ou une fille n’a aucune incidence sociale ? Si le sexe d’un individu n’est simplement qu’un trait génétique, comme avoir les yeux bleus ou marron ?

Mais je ne te laisserai pas dire que dans le monde d’Anaonil il n’existe pas de liens affectifs entre les gens. Il y a de l’amour, de l’amitié, du partage, de l’entraide, de l’empathie… Mais ce ne sont pas nos codes et Onil a du mal à expliquer à Auriane comment s’articulent les relations humaines chez lui. Mais elles existent. Onil n’a pas les mots pour expliquer des situations qui n’existent pas chez nous ou présentent de grande différences. Une langue reflète la vie, les centres d’intérêts, les préoccupations de ceux qui la parlent. Utiliser la langue parlée dans une société humaine pour expliquer les mœurs d’une autre société humaine, c’est compliqué.

Onil me semble une véritable tête à claques qui ne fait que ce qu’il veut, se mettant de ce fait le plus souvent tout seul dans de sales situations. Pourquoi ?

Onil est un jeune homme qui entre juste dans l’âge adulte avec son bagage d’enfance, ses convictions et ses interrogations. Il ne veut pas de la place où il se retrouve. Il ne veut pas de ce que son environnement social a déterminé pour lui. Il ne veut pas non plus de cette place unique que lui confère cette particularité qu’il porte en lui et dont il est le gardien bien malgré lui.

Il se retrouve propulsé dans une histoire qui le dépasse et où il se débat au mieux en essayant de rester en accord avec ce qu’il croit et les idées qu’il défend. Tout ce qu’il va vivre le fait grandir et le lecteur l’accompagne sur ce chemin complexe qui bouscule ses convictions et l’oblige à faire des choix difficiles.

Ayons un peu d’indulgence pour lui, Ciéna, son parcours n’est vraiment pas simple !

Dans le tome 3, Onil est surpris de ce qu’Auriane a pu apprendre sans avoir de « telib », (ce bio-implant qui permet à son hôte de réaliser des choses qui sont, pour nous, extraordinaires). Est-ce un clin d’œil au lecteur pour lui faire comprendre qu’il est (et qu’il vaut) mieux que la technologie ?

Oui. Nous disposons d’un potentiel incroyable. La technologie n’en constitue que les béquilles. Nous pouvons tous apprendre et réaliser beaucoup de choses en développant nos capacités naturelles, si nous nous en donnons la peine !… Le telib est un implant qui permet d’autres conquêtes. C’est un outil en plus. Mais il demande aussi beaucoup d’apprentissage pour en maitriser les capacités.

Si tu pouvais vivre dans l’un des deux mondes, lequel choisirais-tu et pourquoi ?

Le monde d’Anaonil est très complexe. Les gens y sont coincés comme chez nous dans des carcans subtils. C’est d’autres contraintes, mais il y en a autant… sinon plus ! Dans le monde d’Anaonil, il y a, comme dans notre dimension à nous, beaucoup de violence plus ou moins larvée. Et parfois même, pas larvée du tout !

Je préfère rester dans mon monde à moi. Il est loin d’être parfait, mais j’en connais les codes et j’y évolue avec aisance.

Le monde d’Anaonil est calqué géographiquement sur le nôtre et se passe en grande partie dans le Gard (dans le village de Marguerittes, à côté de Nîmes), est-ce que des lecteurs ont reconnu les lieux ?

Je le dis oralement aux nombreux lecteurs que je rencontre… donc souvent, il le sait. C’est un présent parallèle. C’est exactement le même monde physique mais les humains y ont fait d’autres choix de société et développé d’autres technologies. Et puis je cite quelques noms : le Pic St Loup, la montagne Sainte Victoire…

Mais on n’est pas toujours dans le sud de la France… Le tome 3 nous emmène ailleurs et le voyage n’est pas fini !

Certains des personnages de ton histoire existent en vrai. Que pensent-t-ils de leur célébrité ?

Célébrité ! Il ne faut pas exagérer ! Et puis j’ai très vite dit aux vraies personnes qui m’ont prêté un peu de ce qu’ils sont, qu’il ne s’agissait pas d’eux. Je me suis servie de leurs traits physiques et de quelques-uns de leurs traits de caractère, de leurs activités, puis j’ai construit autour de cette base des personnages de roman. Et moi, l’auteur, je fais d’eux ce que je veux !

Ils m’ont (presque) tous très gentiment autorisé à conserver dans la version éditée leur prénom, quelques-uns de leurs traits physiques, et un peu de la façon dont je les voyais… et je me suis autorisée à broder autour.

Dès le tome 2 j’ai changé les noms des modèles choisis pour les nouveaux personnages. Je sais de qui je me suis inspirée… et certains d’entre eux le savent aussi, mais c’était plus facile pour moi de prendre de la distance pour me permettre de faire vivre aux avatars que j’avais créé des choses compliquées sans me sentir retenue par des homonymies !

Combien de tomes va compter la saga Anaonil ?

La saga Anaonil est entièrement écrite. Elle est constituée de cinq livres :

« Auriane », « Serdhif », « DimHénoé », « L’Invictus » et « Le Tyliom ».

Elle commence au chapitre  ─6 (moins six) et cours, en cinq opus, jusqu’au chapitre 100. Les trois premiers tomes sont parus. Le quatrième est prévu pour Noël prochain…

Le monde de l’édition est un monde difficile. Comment as-tu vécu ton aventure dans celui-ci ?

J’ai écrit une longue histoire que j’ai fait lire au fur et à mesure à quelques personnes. A la fin, j’ai eu envie de trouver d’autres lecteurs… de partager avec ceux qui m’entouraient cette aventure qui m’a complètement emportée pendant deux ans d’écriture. J’ai procédé par souscription, créé mes maquettes, et je suis allée négocier des prix avec un imprimeur. J’ai recommencé 8 fois en 3 ans : corrections, nouvelles maquettes, négociation de prix et impression. J’ai gagné beaucoup de lecteurs, et je suis toujours rentrée dans mes frais (sans dégager de bénéfice ! Il m’aurait fallu de bien plus gros volumes (en nombre d’exemplaires imprimés) pour obtenir des prix vraiment intéressants chez l’imprimeur).

Parallèlement j’essayais de me faire éditer « pour de vrai » en envoyant des tomes 1 chez des éditeurs… mais je n’ai reçu que des refus et  presque à chaque fois, j’ai récupéré un livres neuf qui ne portait aucun stigmate d’avoir été ouvert pour être lu…

Un jour, un éditeur m’a contacté. Une de mes lectrices lui avait parlé de ma saga. J’ai signé un contrat avec les éditions Sudarènes. Il s’agit d’un « éditeur à compte d’éditeur » : petite structure, livres diffusés par Daudin, pas d’avaloir (somme versée à l’auteur à la signature et qui constitue une avance sur ses droits d’auteur).

J’ai été mise en contact avec Geoffrey Izard, talentueux graphiste qui a créé de belles maquettes de couverture …et mes pérégrinations éditoriales ont pris un nouveau chemin. J’en suis là.

Qu’as-tu appris de particulier de cette expérience d’édition ?

C’est un chemin pas vraiment prémédité qui me demande énormément d’énergie et j’apprends à mettre en perspective les émotions, les attentes, les déceptions, les revirements(…) que ce parcours occasionne pour ne pas me laisser trop bousculer. Je sais aussi que j’ai d’autres vies à vivre en parallèle de ma vie-rêvée-d’écrivain ! Et j’apprends à combiner le tout !

Si une personne venait te voir et te disait « j’ai un livre mais je ne sais pas par où commencer pour le faire éditer » quels conseils lui donnerais-tu ?

Je peux expliquer le chemin que j’ai parcouru, partager mes contacts … mais donner des conseils ? Non. A chacun de se renseigner sur l’édition, de se faire expliquer ce que veut dire exactement chaque terme du vocabulaire spécifique à ce milieu-là. Cibler les éditeurs, choisir une stratégie…

Une auteure vient de me parler d’une « bible » qui détaille par le menu chaque structure d’édition et donne toutes les infos nécessaires les concernant pour faire ce difficile et fastidieux travail de tri. C’est un gros livre très complet. Je n’ai pas encore été voir de plus près mais cela me parait être un outil très utile : « Guide Audace » 

Quelle est ton opinion sur l’auto-édition ?

C’est un monde qui évolue tellement vite ! Internet, les techniques d’impression, les modes de diffusion… Mon avis sur l’autoédition commence à dater. Il est trop lié à l’état des lieux que j’ai fait à l’époque où je me suis autoéditée. Il existe aujourd’hui un panel de possible beaucoup plus étendu qu’il y a 5 ans en arrière… et il y a de tout, derrière ce mot-là.

Il y a ceux qui s’éditent tous seul, font leurs maquettes eux-même, utilise les sites de financement participatif, se démènent avec passion et assument le résultat de leurs efforts.

Il y a les « éditeurs » qui vous font croire qu’ils « acceptent votre manuscrit et vont vous éditer » …et qui vous laissent vous apercevoir tous seul  que c’est vous qui allez tout payer et tout vendre.

Il y a des éditeurs à compte d’auteur qui vous disent qu’ils vont vous aider (moyennant finance) à concrétiser votre autoédition en vous apportant une structure et leur savoir-faire… Puis qui vous affirme qu’ils vous feront bénéficier de leur réseau et d’outils de promotion.

L’autoédition a encore bien des figures. Renseignez-vous… Parlez avec des auteurs de leur expérience d’édition…. Et gardez à l’esprit que l’édition n’est pas tout. Il y a aussi la question de la diffusion et le fameux réseau : à moins de disposer déjà dans son entourage d’un panel de personnes bien placés pour vous faire rencontrer d’autres personne qui vous donneront une visibilité et vous permettront d’aller plus vite et plus loin dans la promotion de vos livres, c’est vous, l’auteur qui vous démènerez presque tout seul pour vous faire connaitre et rencontrer toujours et encore de nouveaux lecteurs potentiels …et vendre vos livres.

Rare sont les auteurs qui vivent de leurs livres, même quand ils ont été édités sans avoir versé un centime pour cela… Alors méfiez-vous des promesses qu’on vous fait et renseignez-vous bien avant de signer un contrat qui vous obligerait à verser des sommes impossibles à récupérer.

Es-tu plus ebooks ou livres papier ?

J’aime les livres. Leur odeur… le toucher du papier… L’objet-livre. J’aime aussi les crayons, les encres, les plumes, les cahiers, la peinture, les odeurs de feutres, de colles, les tampons, les gommettes… tous les articles de papeterie ! Je lis parfois sur l’ordi, mais je serais bien malheureuse si cela devait faire disparaitre le papier !

Mes très chers lecteurs et précieux supporters, achetez et offrez des livres en vrai papier !

 

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