Karst de David Humbert : une écriture qui coule de source

Karst de David Humbert : une écriture qui coule de sourceKarst par David Humbert
Publié par Liana Levi le 6 avril 2017
Genre: Policier
Pages: 388
Format: Livre papier
Lu par : Ciena
five-stars
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Tout juste débarqué de la PJ parisienne, le lieutenant Paul Kubler est muté à la sécurité publique de Rouen, sa ville natale. La bonne bière flamande et sa vieille Honda Super Sport l’aident à ne pas trouver les journées trop longues car son premier dossier n’est pas franchement palpitant : veiller au bon déroulement des manifestations des ouvriers d’EuroGaz en lutte contre un plan social. Mais par deux fois dans la même semaine, les robinets des Rouennais se mettent à crachoter une eau colorée. Rose pâle d’abord, puis vert fluo. Accident ? Vandalisme ? Vengeance ? Kubler est chargé de mener une enquête discrète sur les sources du Moulin, en amont desquelles auraient été déversés des polluants. Alors qu’une troisième coloration des eaux se produit, un corps démembré est découvert. Ses recherches conduisent Kubler jusqu’à Melody Dornier, la « princesse du karst ». Celle-ci l’entraînera dans les sous-sols de craie – le fondement géologique de la région – pour découvrir qui pollue les sources. Et qui les protège.
Du suspense, un ton alerte, le sens du détail et du rythme caractérisent ce polar sur l’eau, un précieux bien commun dont la préservation contrarie souvent des intérêts particuliers.

S’il y a un type de livre dont je me méfie beaucoup c’est celui qui mélange un genre spécifique avec les connaissances professionnelles de l’auteur, par exemple un thriller historique écrit par un historien ou une histoire de psychopathe écrit par un psychiatre etc… C’est plus fort qu’eux, il faut qu’ils transforment leur livre en encyclopédie.

Karst est un roman policier écrit par un géologue. Globalement, le héros, un policier parisien envoyé à Rouen disciplinairement, se retrouve à enquêter sur une coloration volontaire de sources. Rien de dangereux pour la population mais il va vite s’apercevoir que derrière ça se cachent des secrets mortels.

Je me suis donc demandée comment un géologue allait arriver à prendre le “costume” d’un policier sans nous asséner 380 pages de géologie. Et bien il s’en est magnifiquement tiré avec une astuce que je conseille fortement à tous les auteurs qui veulent utiliser une spécialisation dans leur livre : il a fait en sorte que le héros soit totalement inculte sur le sujet et laissé d’autres personnages répondre à ses questions.

Ainsi, l’auteur se place dans la peau du lecteur qui n’y connait rien en géologie (et ne veut en connaitre que le minimum pour comprendre l’histoire).Chaque fois qu’un scientifique utilise un terme, le héros réagit immédiatement avec des phrases du genre “vous pourriez expliquer en langage normal s’il vous plaît ?”. On apprend ainsi en même temps que le héros lui-même. Mieux encore, chaque fois que celui-ci apprend un nouveau terme, il le replace presque immédiatement dans une conversation, montrant ainsi qu’il l’a compris. Sans le vouloir, sans polluer l’histoire et sans s’ennuyer on apprend donc des faits intéressants sur la géologie. On reconnaît bien ici le côté didactique propre aux journalistes scientifiques habitués à la vulgarisation (et oui en plus d’être géologue !).

J’ai été aussi très impressionnée, moi qui suis habituée au monde de la justice, de voir qu’il a bien cerné le caractère et les façon de voir des policiers. Le personnage principal et ses collègues sont très crédibles.

Parlant du personnage principal toujours, je l’adore. Il a un humour décapant, une vision des choses très claire, franche et rafraîchissante qu’il s’agisse des politiciens, des CRS, de l’écologie, des femmes dans la police est souvent hilarante. Ca soulage et réconforte de se dire que peut-être, nos forces de l’ordre ne sont pas si aveuglées par leur devoir que ça.

L’histoire est juste passionnante. L’action est rapide, tout va droit au but et il n’y a pas de “remplissage inutile”. On dévore le livre à toute allure comme un polar se doit de l’être. Les faits sont tout à fait réalistes et on n’a donc pas de problèmes à frissonner pour des événements qui pourraient arriver (ou arrivent) à nos portes.

L’écriture est fluide et efficace. Pas de lourdeurs ou de répétitions.

Pour un premier roman c’est vraiment un excellent roman écrit de main de maître. Si vous aimez les polars, vous ne pourrez pas ne pas aimer Karst.

Pour cette raison je lui met sans hésitation cinq étoiles bien méritées.

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