Le cheptel de Céline Denjean : sommes-nous tous des moutons ?

Ce livre pourrait ne pas être adapté à un jeune public compte tenu de l'usage de contenu à caractère sexuel, usage de drogue et d'alcool et/ou de violence.
Le cheptel de Céline Denjean : sommes-nous tous des moutons ?Le Cheptel par Céline Denjean
Publié par Marabout le 17/01/2018
Genre: Thriller
Pages: 656
Format: Livre papier
Lu par : Ciena
five-stars
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Du même auteur : La fille de Kali

J’ai mis du temps à rédiger cette critique après avoir lu “Le cheptel” de Celine Denjean.

Pas parce que le livre est mauvais, non, mais parce qu’il a réussi là où des dizaines de documentaires, de professeurs, de témoignages divers et de propagandistes ont échoués.

Mais tout d’abord commençons par le livre lui-même.

Si vous avez aimé “La fille de Kali“vous risquez d’adorer ” Le cheptel”.

Vous y retrouverez le même gros pavé (650 pages cette fois-ci) et la même sensation que le livre était malgré tout trop court, tant vous serez happé par l’histoire.

Celle-ci, d’ailleurs, est découpée globalement de la même façon :  chapitres courts de 2 à 5 pages alternant trois mystères, lieux, voire époques, apparemment totalement distincts mais qui, comme des pièces de puzzle, finissent par s’emboîter pour un résultat pourtant largement plus noir et glaçant que l’opus précédent.

C’est un peu comme si l’auteur avait voulu faire de “La fille de Kali” un tour de chauffe et, si j’ai raison, il y aura certainement un prochain opus qui risque de vraiment nous emmener loin.

D’ailleurs il est intéressant de constater que Céline Denjean a utilisé les règles de “La fille de Kali” et les a simplement inversées comme si “Le cheptel” était son reflet.

En effet, dans “La fille de Kali” on est à la recherche de l’assassin, en même temps que les enquêteurs alors que dans “Le cheptel” on connait le connaît depuis le début et on suit l’enquête des héros en se demandant comment ils vont le découvrir et l’arrêter.

La psychologie du criminel est, dans ce second livre, bien plus fouillée et on ne nous cache rien, ni son passé, ni ses motivations profondes, ce qui ne nous permet cependant pas de ressentir de l’empathie pour lui alors que ces manques dans “La fille de Kali” ne m’en ont pas empêché. Façon magistrale de l’auteur de nous prouver que si on peut comprendre une motivation, ce n’est pas pour autant qu’on peut la pardonner.

Enfin, à  cause de la noirceur de l’histoire, l’humour présent dans “La fille de Kali” ne se retrouve pas dans “Le cheptel”. Ce n’est pas la faute de l’auteur, je vois difficilement où elle aurait pu le caser compte tenu du fait qu’il s’agit bien plus

Comme je vous le disais au début, vous adorerez “Le cheptel” qui est pour moi bien plus “mûr” et abouti que “La fille de Kali”. A moins, bien sûr, que c’était volontaire, le premier opus servant d’introduction à une, je l’espère, longue série.

Mais tout cela n’explique pas pourquoi je vous disais que j’ai mis du temps à rédiger la critique de ce livre ni qu’il a réussi là où des dizaines de documentaires, de professeurs, de témoignages divers et de propagandistes ont échoué.

Ce que je vais dire ne va probablement pas plaire à tout le monde mais peu importe.

Voyez-vous, comme sans doute beaucoup d’entre vous (du moins ceux qui auront l’honnêteté de le reconnaître), j’ai toujours été un peu irritée par, ce que j’appelais, le râbachage de ce qui s’est passé pendant la seconde guerre mondiale.

Bien que je n’ai aucun problème avec les juifs et que j’avoue ne pas non plus comprendre pourquoi on en aurait, rien ne m’a jamais plus agacée que ce déballage permanent ,par les médias, à grand coups de documentaires, films, témoignages, “journée de….” etc…

Cela m’agaçait parce que d’une part je trouvais que c’était les déposséder de leur histoire pour se faire du blé et de l’audimat sur leur dos tout en la jouant “bonne conscience” mais aussi parce que, pour moi, reprendre sans arrêt les choses c’est le meilleur moyen de bien continuer à alimenter la haine, la peur et la rancune.

Et puis j’ai lu “Le cheptel” ou, pour être exact, cinq pages au milieu de ce livre, dont, je le précise, ce n’est pas le sujet principal.

Juste cinq pages. Pas un documentaire d’une heure. Pas un homme politique au discours vide. Pas une pauvre vieille qui aimerait, enfin, à la fin de sa vie, qu’on la laisse en paix et à qui on arrache de force le témoignage des atrocités qu’elle a vécues, juste pour la couper avec une publicité car c’est l’heure des ménagères. Non, juste cinq pages.

Cinq pages qui, quand je les ai lues m’ont fait comprendre pourquoi il était nécessaire de ne pas oublier. Pas parce que ce sont des juifs. Pas pour des raisons politiques ni économiques mais simplement pour une raison fondamentale : aujourd’hui c’était eux mais demain ça pourrait être nous.

Il suffirait que demain le fou aux commandes décide que c’est au tour des roux, des noirs, des gens aux yeux bleus, des vieux, des jeunes, de gros d’être gazés pour que ça recommence.

Ce que j’ai compris c’est que les horreurs qui ont été perpétrées, si elles l’ont été contre les juifs (qui, du coup, sans avoir rien demandé, portent, encore une fois, la croix) peuvent aussi l’être contre n’importe qui. Pour cette raison. Même si les médias ont leur propre “agenda économique”, il ne faut pas oublier et surtout pas oublier de transmettre le message. Surtout si on ne veut pas que ça recommence.

N’importe quel homme peut être persuadé de n’importe quoi : que son ami n’en est pas un, que telle ethnie est dangereuse, que l’humain est, comme dans “Le cheptel”, une marchandise. Il suffirait de le prendre assez jeune pour le lui inculquer.

Sans le vouloir, avec son thriller époustouflant, Céline Denjean, a fait sa part pour l’empêcher. A nous de faire le reste.

 

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