Au jardin des fugitifs de Ceridwen Dovey : une désagréable sensation de tenir la chandelle.

Au jardin des fugitifs de Ceridwen Dovey : une désagréable sensation de tenir la chandelle.Au jardin des fugitifs par Ceridwen Dovey
Publié par Editions Heloise d'Ormesson le 24 janvier 2019
Genre: Litterature étrangère
Pages: 382
Lu par : Ciena
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Au crépuscule de sa vie, Royce, mécène richissime, veut renouer avec Vita, sa protégée d'autrefois. Contre toute attente, elle accepte de rompre un lourd silence de vingt ans... à condition de suivre les règles du jeu.
Des ruines de Pompéi à l'effervescence du Cap, les fantômes du passé mènent la danse de ce pas de deux, où chacun délivre les secrets enfouis qui les ont condamnés à la solitude.
Au jardin des fugitifs explore les cavités souterraines du désir et de la culpabilité avec une grâce et une subtilité magistrales. Entres les lignes de cette liaison dangereuse, Ceridwen Dovey nous interpelle : notre vie est-elle le récit que l'on s'en fait ?

Du même auteur : Animals

Je l’avoue, j’avais hâte. Après le délicieusement profond et humoristique « Animals » je n’avais qu’une hâte, celle de replonger dans l’écriture de Ceridwen Dovey.

« Au jardin des fugitifs » est (contrairement à « Animals » qui était un recueil de nouvelles) un roman.

Dans ce livre, Royce, un riche mécène, vivant ses derniers jours, replonge dans sa relation tumultueuse avec l’une de ses protégées, Vita.  Prétextant des trous de mémoire, il tente par une dernière correspondance, de reprendre contact avec elle. À sa grande surprise, elle lui répond et s’ensuit une série de lettres qui dessinent le récit de leur rencontre et de leur vie.

Si la maîtrise littéraire de l’auteur ne fait aucun doute, nous sommes loin ici de l’humour et la satyre qui faisaient le succès de « Animals ».

Il n’y a aucun moyen pour nous, pauvres mortels, de nous associer ou nous identifier aux personnages tant leur vie est différente de la nôtre et leurs préoccupations bien futiles.

Pire, on a la sensation très désagréables de ne servir à rien en tant que lecteur ou juste de voyeurs dans une relation dans laquelle nous sommes de toute façon exclus.

La colère, le ressentiment voire la haine de ces deux personnages associés à un ego démesuré d’un côté comme de l’autre, mes les a rendus odieux dès le début et j’ai eu du mal à avoir la moindre empathie pour ces personnes.


En fait, je ne vois pas ce que j’ai pu retirer de cette lecture (du moins émotionnellement ou psychologiquement) à part une leçon d’écriture car, j’insiste, celle-ci est magistrale.

J’ai aussi eu, fréquemment, la sensation que l’auteur n’a pas été capable de prendre de la distance par rapport à son récit. Une simple lecture du bandeau de présentation m’a rapidement mise la puce à l’oreille : il est clair que ce roman est très largement autobiographique.

Si l’auteur est Vita alors elle aura volontairement grossi les traits désagréables de Royce et, visiblement, contrairement à ses personnages, elle aura été loin de digérer cette relation. Ce qui expliquerait la haine profonde qui suinte entre les lignes de ses réponses.

On est très loin de la douceur qui semblait émaner de son dernier livre.

Personnellement je suis déçue mais… si ce roman lui a été assez cathartique pour qu’on puisse la retrouver dans le prochain, pourquoi pas ?

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