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Au cadran de l’enfance de Yann L.M : Mission impossible

Au cadran de l’enfance de Yann L.M : Mission impossibleAu cadran de l'enfance par Yann Helem
Publié par Auto-édité le janvier 2018
Genre: Autobiographie
Pages: 229
Format: Livre papier
Lu par : Ciena
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Un homme rencontre l’enfant qu’il était autrefois.
« Le roman enchanteur d’une enfance avec ses secrets et ses blessures. »
« Un roman initiatique. »
« Un livre aussi passionnant qu'intrigant. »

Je vous parlais il y a quelques temps de l’autobiographie, parent pauvre de la littérature et boudé par les éditeurs. Dans cet article je prenais le pari qu’il existait très certainement des autobiographies intéressantes de personnes pourtant ordinaires.

« Au cadran de l’enfance » en fait partie.

Dans ce livre, l’auteur se remémore un événement qu’il juge être à l’origine de ce qu’il est dans le présent. Mis au défi de traverser un pont de nuit et de rapporter ce qu’il y a vu à son père, l’enfant qu’il était à échoué. Mais que se serait-il passé dans le cas contraire. Qui serait-il à présent ?

Pour répondre à cette question il décide donc de traverser le passé.

Cette quête, que nous connaissons tous mais que peu osent entreprendre, l’auteur la mêne donc jusqu’au bout avec poésie et délicatesse.

Malheureusement, si l’histoire est adorable, les dédales du temps auront raison de l’écriture et, au final, de la patience du lecteur.

Tout d’abord, ce que je reproche à ce livre (mais c’est un des pièges fréquents de l’autobiographie), c’est le manque de distance entre l’auteur et son personnage enfant.

Le livre commence avec beaucoup d’humour et pas mal de dérision (ce qui nous permet de nous attacher au petit Nuche). Je me suis même prise à lui trouver un air de ressemblance avec le ton employé par Pagnol dans « La gloire de mon père ».

Malheureusement, très rapidement, le ton passe à l’apitoiement, voire à la victimisation. On sent bien que l’auteur ne garde plus ses distance avec son « lui » passé et que des sentiments de rancoeur, de regrets, voire de honte (provenant du personnage une fois adulte), viennent se mêler à l’histoire. C’est dommage de ne pas avoir gardé suffisamment de recul pour éviter de polluer les pensées de l’enfant avec les interprétations qu’en fait l’adulte d’aujourd’hui. D’autant que très régulièrement il indique ne pas vouloir « modifier le passé ».

La seconde chose qui m’a dérangée, c’est le mélange des personnages. En effet dans le même chapitre on passe, sans transition, du gamin qui parle (au présent) de ce qui lui arrive à l’auteur qui nous raconte ses souvenirs en passant par Monsieur Oui-Non qui vit en spectateur les événements de l’enfant. On est complètement perdu et on n’arrive du coup plus à se situer dans ce qui nous est raconté. C’est comme si un écrivain commençait une phrase et passait la plume à un autre pour la terminer. C’est agaçant et perturbant. D’ailleurs il semble bien que l’auteur finisse lui-même par s’y perdre puisqu’il mélange régulièrement aussi les registres de langage. Nuche se met à parler comme un adulte (ce qui enlève tout le charme, la spontanéité et l’innocence de l’enfant) et l’adulte se met à avoir des tournures de phrases totalement décalées et enfantines qui le rendent, du coup, beaucoup moins crédible.

Bref, si l’histoire est adorable et originale, force est de constater que le voyage dans le temps n’est pas un exercice facile et qu’on peut très facilement s’y perdre.

Dommage.

Petit pays de Gael Faye : quelque chose qui fait mal

Petit pays de Gael Faye : quelque chose qui fait malPetit Pays par Gael Faye
Publié par Grasset le 24/08/2016
Genre: Litterature française
Pages: 224
Format: Ebook
Lu par : Ciena
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Présentation de l'auteur :

En 1992, Gabriel, dix ans, vit au Burundi avec son père français, entrepreneur, sa mère rwandaise et sa petite sœur, Ana, dans un confortable quartier d’expatriés. Gabriel passe le plus clair de son temps avec ses copains, une joyeuse bande occupée à faire les quatre cents coups. Un quotidien paisible, une enfance douce qui vont se disloquer en même temps que ce « petit pays » d’Afrique brutalement malmené par l’Histoire. Gabriel voit avec inquiétude ses parents se séparer, puis la guerre civile se profiler, suivie du drame rwandais. Le quartier est bouleversé. Par vagues successives, la violence l’envahit, l’imprègne, et tout bascule. Gabriel se croyait un enfant, il va se découvrir métis, Tutsi, Français…
« J’ai écrit ce roman pour faire surgir un monde oublié, pour dire nos instants joyeux, discrets comme des filles de bonnes familles: le parfum de citronnelle dans les rues, les promenades le soir le long des bougainvilliers, les siestes l’après-midi derrière les moustiquaires trouées, les conversations futiles, assis sur un casier de bières, les termites les jours d’orages... J’ai écrit ce roman pour crier à l’univers que nous avons existé, avec nos vies simples, notre train-train, notre ennui, que nous avions des bonheurs qui ne cherchaient qu’à le rester avant d'être expédiés aux quatre coins du monde et de devenir une bande d’exilés, de réfugiés, d’immigrés, de migrants. »
Avec un rare sens du romanesque, Gaël Faye évoque les tourments et les interrogations d’un enfant pris dans une Histoire qui le fait grandir plus vite que prévu. Nourri d’un drame que l’auteur connaît bien, un premier roman d’une ampleur exceptionnelle, parcouru d’ombres et de lumière, de tragique et d’humour, de personnages qui tentent de survivre à la tragédie.

J’ai eu une enfance particulièrement désastreuse, aussi, lorsque j’avais l’âge de Gaby dans « Petit pays », étant déjà fanatique de lecture, je dévorais tout particulièrement les livres parlant de l’enfance des autres.

La référence absolue pour moi de l’enfance heureuse a toujours été « la Gloire de mon Père » de Marcel Pagnol et à plus d’un titre « Petit Pays » me fait penser à cette œuvre pas seulement parce qu’il s’agit d’un récit d’enfance mais, surtout, à cause de la douceur, de l’émotion et de l’amour des personnages que l’ont sent dans l’écriture de Gael Faye.

Pour autant, hélas, l’histoire de « Petit Pays » n’est pas aussi joyeuse que l’était celle de Pagnol, et pour cause, derrière les anecdotes amusantes et émouvantes sur son enfance se profilent rapidement les drames et souffrances connues par ce jeune enfant et son entourage malmenés par la pauvreté, la guerre, le racisme et l’exil.

Pourtant malgré tout ça Gaby tente de toutes ses forces de garder sa pureté ce qui rend les évènements d’autant plus déchirants qu’ils sont écrits du point de vue d’un enfant de dix ans.

Bien que Gaël Faye essaie par tous les moyens dans son écriture de ne stigmatiser réellement personne et de garder la distance qui fait l’élégance de ce roman, malgré le sujet grave, c’est justement cette distance qui a fait que moi, occidentale, me suis sentie particulièrement coupable, par procuration, des évènements et des comportements de mes contemporains pendant cette période.

Pour résumer, « Petit pays » est un livre à lire. Voire même, comme Pagnol, à faire lire aux écoliers chanceux qui vivent dans notre pays et mérite, largement son prix FNAC.

Je mets sans hésiter une étoile pour l’écriture, une étoile pour les personnages, une étoile pour l’histoire et une étoile pour la recommandation.

Par contre je ne mettrais pas d’étoile pour la couverture que je trouve totalement sans rapport avec le roman. Il aurait mérité largement mieux comme présentation.