La boîte à outils de Gérard BESNIER : L’auteur qui murmure à l’oreille des lectrices

La boîte à outils de Gérard BESNIER : L’auteur qui murmure à l’oreille des lectricesLa boîte à outils par Gérard Besnier
Publié par Editions François BOURIN le 24 janvier 2019
Genre: Litterature française
Pages: 352
Format: Livre papier
Lu par : Ciena
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Lorsque Nicolas Dedacin Amoraus quitte précocement les bancs de l'école, son père le félicité : le voilà digne d'hériter de la noble boîte à outils familiale ! Et le jeune héros d'emporter fièrement ce berceau, ce "cercueil' comme disent les ouvriers, dans la campagne normande des années 1970 où fleurissent des utopies de travail "alternatif"...
Nicolas s'apprête donc soigner son apprentissage auprès de bons gars biberonnés au travail vrai ! A moins que ces autoproclamés professionnels de génie ne soient que de doux dingues, plus enclins à refaire le monde par les mots que par les actes ? Jugez vous-même : un mécano donneur de leçons, un "menuisier" roublard, un ouvrier agricole au patois incompréhensible, un séminariste illuminé... Sans parler de ces jeunes femmes au féminisme intransigeant !
De rencontres hasardeuses en catastrophes, les tribulations de Nicolas dessinent un étonnant parcours initiatique, déjanté et émouvant. Et pour tracer sa propre route, peut-être devra-t'il se détourner du testament qu'il avait accepté.

Avez-vous déjà connu une personne si fragile et innocente que vous ne pouvez pas vous empêcher de la protéger ?

En plus ces gens sont si aimables, si délicats qu’on ne peut que leur pardonner leurs maladresses n’est-ce pas ?

Pourtant au fond de son cœur, on sent que quelque chose cloche, que derrière ce masque d’innocence se cache un (ou une) manipulateur (trice) féroce.

Avant même qu’on le réalise, on est sous leur coupe. Nos pensées et nos actions seront totalement dirigées.
Au début on se dit que c’est notre imagination et puis le malaise augmente jusqu’à ce qu’on n’en puisse plus et rompe tout contact (avec en général pertes et fracas).

Ça vous dit quelque chose ? A moi oui mais jamais, au grand jamais, je n’aurais un jour pensé que ça se produirait par livre interposé.

« La boîte à outils » est une histoire comme on aimerait en lire souvent : charmante, poétique et philosophique tout en laissant place à l’humour (beaucoup). C’est une fable sur la destinée et les choix qu’on peut faire dans la vie mais surtout une véritable leçon d’écriture.

Pour un premier roman on ne peut qu’être bluffé.

Mais voilà, je suis très en colère.

Je suis en colère parce que l’auteur, au lieu de se contenter de nous apporter son histoire, s’est aussi mis dans la tête de manipuler le lecteur.

Cette liberté qu’on a de pouvoir penser ce qu’on veut d’un personnage ou d’un livre, il nous la retire tout simplement. Il décide de nous indiquer ce qu’on doit voir, croire et même être.

Comment ? En glissant à la fin de chaque chapitre des apartés qui, tous mielleux qu’ils soient, surtout pour une lectrice (car, bien sûr, il a compris qu’il était plus facile de nous amadouer sans doute), mettent mal à l’aise quand on n’est pas d’accord avec leur contenu et pire quand on l’est avec cette sensation de n’être qu’une marionnette entre les mains de l’auteur qui, d’ailleurs, va jusqu’à se dissocier du narrateur pour nous faire croire qu’il est « de notre côté ».

Ce genre de fonctionnement m’a profondément gênée. Non seulement car la plupart du temps il voyait juste dans mes pensées de lectrice (imaginez ce que ça fait de vous dire « je n’ai pas aimé cette phrase » et de lire juste après quelque chose du genre « cette phrase était mauvaise n’est-ce pas ? A quoi donc a pensé le narrateur ? » ) mais aussi, parce qu’il a adopté tout du long l’attitude du sensible et mauvais auteur (ce qu’il est loin d’être) qui cherche désespérément la lectrice idéale et donc compatissante.

Pour résumer, « la boîte à outils » est un livre magistralement écrit et une véritable leçon sur la manière dont un auteur peut, avec de simples mots, manipuler l’expérience d’un lecteur. Cependant j’ai simplement détesté la manière de faire. Ces coupures régulières m’ont perturbées dans le rythme de l’histoire. Cette façon de me pousser dans mes retranchements, voire de me faire des reproches, en tant que lectrice, sur la façon correcte ou pas de lire mon livre et ce côté « lisez moi comme je souhaiterais que vous le fassiez ou je serais très malheureux » ont eu le résultat inverse de ce qu’il pensait avoir. Je ne parle même pas des chapitres qui finissent par un suspense et juste après l’aparté qui spoile et explique en détail ce qui est vraiment arriver.Rien de tel pour vous décourager de lire !

Au lieu de prendre plaisir à lire un livre merveilleusement écrit, j’ai eu l’impression d’être le cobaye d’une expérience de manipulation (oserais-je dire narcissique ?).

Si je mets la plus haute note à ce livre c’est que je reconnais le génie de la démarche. Cependant je pense qu’à l’avenir l’auteur aurait intérêt à ne pas réitérer l’expérience. Son écriture suffit largement à le faire connaître. Il n’a pas besoin de se faire passer pour l’anagramme de Dedacin et manipuler son lecteur pour qu’on se rende compte de son talent.

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